Chapitre 2 - Chapitre 2 : Reflets troubles
12H34.Le silence retombe dans l’appartement, comme si la moindre poussière en suspension s’était figée dans l’air. Debout, la main accrochée à la poignée de la fenêtre, Ahmed fixe la rue, sans mot dire. Ses amis, encore ensommeillés et malmenés par les excès de la veille, prennent peu à peu conscience de la gravité de son expression.
— Qu’est-ce qu’il se passe ? Murmure son voisin en s’approchant.
Le regard d’Ahmed ne se détache pas du dehors. Son souffle est court, comme si ses poumons refusaient de continuer un travail devenu trop lourd. Ses doigts, crispés sur les rideaux, tremblent légèrement.
— Regarde, souffle-t-il d’une voix blanche.
Au-dehors, la ville est baignée d’une clarté déjà vive pour ce début de matinée. Les passants s’activent, les voitures filent. Tout semble normal — ou presque. Car à y regarder de plus près, quelque chose cloche : de drôles d’ombres, hautes de plusieurs mètres, glissent au ras des immeubles. Les badauds ne s’en rendent même pas compte, continuant leur routine effrénée. Peut-être s’agit-il d’un jeu de lumière, se dirait-on. Mais la crispation sur le visage d’Ahmed laisse penser le contraire.
— Les ombres… tu les vois ?
Un silence suit. D’autres camarades accourent, et chacun, tour à tour, se colle à la vitre, tendant le cou dans l’espoir de mieux distinguer ces silhouettes mouvantes qui n’ont rien d’ordinaire. À chaque seconde, elles semblent grandir, effleurer les murs, et se superposer aux silhouettes humaines, comme si plusieurs réalités se superposaient dans un même tableau.
Soudain, un choc sourd retentit au-dessus d’eux. Comme un craquement dans la structure de l’immeuble. Les lumières vacillent. L’un des camarades jette un regard inquiet à Ahmed :
• « Mec, je sais pas de quoi tu parles mais faut se barrer, ça sent pas bon. »
Quelque chose, là-dehors, semble décidé à s’inviter dans le quotidien de ces étudiants. Mais quoi ? Et pourquoi ? Les rayons du soleil frappent la fenêtre, révélant d’étranges motifs grisâtres qui lézardent la vitre. Comme si la réalité, elle aussi, commençait à se fissurer.
Il est déjà 12H37. L’angoisse monte. Plus question d’aller en cours dans l’indifférence. Les ombres, elles, continuent de bouger, lentement, sans qu’on sache dans quel dessein.
Par Doc_Hinault
Le 3 Feb. 2025
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